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Publié par Michel Bouffioux

Peter Mertens (PTB) : « Si le gouvernement belge restitue ces restes humains au Congo, ce sera un signal politique très fort. »

La réponse du président du Parti du Travail de Belgique, Peter Mertens, à la lettre qui lui a été adressée le 26 mars 2018.

Cher Monsieur Bouffioux,

Merci beaucoup pour votre e-mail et votre enquête approfondie sur cette histoire qui m'a fort touchée.

Politiquement, si le gouvernement belge rend ces restes humains au Congo, ce sera un signal très fort. Premièrement, d'un point de vue belge, restituer ces restes humains constituera un travail sur la question du racisme qui existait à l'époque coloniale et dont votre enquête publiée dans Paris Match montre qu'il perdure jusqu'à maintenant. La Belgique a fait des premiers pas en avant dans la question du racisme et de son attitude coloniale. Ainsi en 2001 le gouvernement a reconnu sa responsabilité dans l’assassinat de Patrice Lumumba. En 2017, le parlement a reconnu l’injustice faite aux métis. Cela va dans le bon sens, mais il y a encore beaucoup de chemin à faire dans cette dénonciation du racisme et des crimes de la colonisation. Restituer ces restes humains serait un pas de plus dans cette direction

Nous demandons également d'avoir un lieu de mémoire pour ces personnes. Par exemple, une plaque devrait être apposée près de la statue d'Emile Storms qui se trouve à Bruxelles, pour expliquer et rendre hommage à Lusinga.

Deuxièmement, pour le peuple et le gouvernement congolais, une restitution de ces restes humains permet également d'en faire des symboles du combat anti-colonial. Il en va de même pour les statues et œuvres d'art. Elles sont propriété du Congo, et nous devons donc les rendre au gouvernement congolais. Rien n’empêche cependant de conclure un accord avec le gouvernement congolais et de leur en donner la propriété tout en proposant de les garder chez nous encore quelques temps pour un travail décolonial nécessaire. Mais la propriété doit revenir aux Congolais. Enfin, dans ce débat, c'est à la Belgique de réaliser les premières démarches, et ne pas attendre que le gouvernement congolais réclame quoi que ce soit. C'est avant tout un combat, un travail que nous en Belgique, nous devons mener pour leur rendre.

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Réponses aux questions


Faut-il que la Belgique marque d'emblée un accord de principe sur la restitution de ces restes humains?

Oui. La première chose est qu'il faut demander l'avis des Congolais, en commençant par les descendants de ces personnes et puis en prenant contact avec le gouvernement congolais. C'est à eux de dire ce qu'ils souhaitent que l'on fasse avec les restes de ces ressortissants.

Nous sommes évidemment pour la restitution de ces corps. Surtout pour la valeur symbolique qu'ils ont : on parle de corps clairement identifiés et de personnes assassinées.

Ces deux éléments sont suffisants pour expliquer qu'il est immoral de garder ce corps dans un musée.

Enfin le chef Lusinga est un opposant à la colonisation qui se mettait en place à l'époque. C'est pour nous une raison supplémentaire pour que le gouvernement belge fasse tout ce qui est en son pouvoir pour restituer son crâne au Congo ainsi que les autres restes humains qui aboutirent à Bruxelles dans ce même contexte.

Partant, le parlement ne doit-il pas se mettre à la tâche pour élaborer un texte de loi qui, le jour venu, rendra cette restitution possible?

Certainement, si la loi actuelle ne le permet pas, il faut la changer.

Quel est enfin votre opinion sur la mission d'identification suggérée plus haut, laquelle pourrait être financée par le Secrétariat d'Etat à la Politique scientifique du gouvernement fédéral?

Nous soutenons toute initiative qui permettra de réparer cette injustice. Nous souhaitons que le gouvernement congolais soit impliqué dans les actes qui se passeront au Congo. Nous sommes contre une attitude qui consisterait à agir sur place sans respecter la souveraineté congolaise, ce qui serait le signe d'une attitude paternaliste et colonialiste.

De plus, pratiquement, ce sont les autorités congolaises (nationales et provinciales) qui seront le mieux à même d'aider à identifier les descendants de ces personnes.

Bien à vous.

 

 

 

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